Je me souviens d’un matin de confinement en 2020, où le ciel de ma banlieue parisienne était d’un bleu éclatant, débarrassé des oxydes d’azote répandus par les embouteillages. À l’époque, on célébrait la nette amélioration de la qualité de l’air, prouvée par Airparif lors du grand confinement : jusqu’à 60 % de réduction des NO₂ en zones urbaines. Pourtant, derrière cette bonne nouvelle se cache un paradoxe troublant : la chute du trafic routier aurait aussi favorisé la montée du méthane dans l’atmosphère.
Réduire l’activité automobile permet-il de faire baisser la pollution de l’air ?
Sur le papier, moins de voitures, c’est moins de pollution ! Depuis 2020, plusieurs études montrent que la diminution du trafic a entraîné une baisse significative des émissions d’oxydes d’azote, ces polluants responsables des irritations respiratoires et du smog urbain. Mais, contre toute attente, des mesures en divers points du globe ont révélé une hausse de la concentration de méthane en même temps que le confinement.
Pour comprendre ce phénomène, le professeur Shushi Peng et son équipe de l’université de Pékin ont publié une étude dans Nature. Ils expliquent que les NO₂, en se combinant dans l’air, génèrent des radicaux hydroxyles (OH), molécules essentielles pour décomposer le méthane. Lorsque la quantité d’oxydes d’azote diminue brutalement, la production de ces radicaux chute, et le méthane, privé de son principal destructeur, s’accumule plus facilement.
Mauvaise nouvelle pour le climat
Plus inquiétant encore, cette mécanique ne suffit pas à expliquer toute la hausse du CH₄ observée en 2020. Le réchauffement climatique lui-même accentue les fuites de méthane dans les zones humides – marécages, tourbières ou pergélisol en dégel – amplifiant le problème. Or, le méthane est un gaz à effet de serre près de 30 fois plus puissant que le CO₂ sur une vingtaine d’années (GIEC).
Ce constat plonge les climatologues dans une impasse : on ne peut pas remonter volontairement les émissions d’oxydes d’azote pour “réactiver” les radicaux hydroxyles, tant ces polluants sont nocifs pour la santé. La véritable urgence est donc de développer des solutions qui réduisent simultanément les émissions de NO₂ et limitent la libération de méthane – par exemple en améliorant la gestion des déchets organiques ou en capturant le CH₄ issu des zones humides avant qu’il n’atteigne l’atmosphère.
Désormais, chaque initiative pour diminuer le trafic automobile doit s’accompagner d’une réflexion sur ses effets secondaires, afin que la lutte contre la pollution locale ne compromette pas nos efforts pour ralentir le réchauffement global.




